Sécurité économique, exposition informationnelle, IA fantôme : la veille d'octobre 2026
Des alertes de sécurité économique qui se multiplient, des informations publiques qui ouvrent la porte aux attaquants, des outils d'IA utilisés hors de tout contrôle : ce que l'Observatoire retient du trimestre, et les publications institutionnelles parues sur la période.
Les alertes de sécurité économique ont triplé en cinq ans, et les PME et ETI sont en première ligne.
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Ce qu'une entreprise rend visible suffit souvent à l'exposer : le risque se construit en amont de toute faille technique.
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Les attaquants combinent cyber, humain, physique et juridique, alors que les défenses restent organisées en silos.
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Sécurité économique : les entreprises en première ligne
PrédationIngérences
Des PME aux grands groupes, les entreprises sont de plus en plus exposées, face à des alertes plus nombreuses, plus étendues, plus diverses dans leurs origines et plus variées dans leurs modes opératoires.
Une séquence resserrée
Fin 2025Cession de LMB Aerospace à un groupe américain
Juillet 2026Rapport sur la sécurité économique de la France, remis par trois députés
24 sept. 2026Assises de la sécurité économique
24 sept. 2026Publication de la doctrine de sécurité économique de la France
En 2025, 750 alertes de sécurité économique ont été traitées par le SISSE, soit trois fois plus qu'il y a cinq ans, et la tendance se confirme en 2026. Dans la base industrielle et technologique de défense, 80 % des dossiers traités concernent des PME ou des ETI, qui représentent souvent, selon Bercy, le maillon faible, faute de moyens de protection internes comparables à ceux des grands groupes.
Cette hausse s'inscrit dans une séquence institutionnelle resserrée. Un rapport dressant un état des lieux du dispositif français de sécurité économique, publié en juillet, a précédé les assises, tenues le 24 septembre, jour où la doctrine de sécurité économique de la France a également été publiée.
Le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale y a présenté neuf familles de menaces hybrides déjà identifiées dans la Revue nationale stratégique 2025, dont la massification était anticipée.
750
alertes de sécurité économique traitées par le SISSE en 2025, trois fois plus qu'il y a cinq ans
Neuf familles de menaces identifiées par le SGDSN
Présentées aux assises de la sécurité économique, déjà identifiées dans la Revue nationale stratégique 2025.
Pris isolément, un organigramme, une offre d'emploi ou un départ annoncé semblent anodins. Croisés, ils dessinent l'organisation, ses priorités et ses dépendances.
Ce qui est public n'a pas besoin d'être volé.
En août 2026, la DGFiP a révélé le vol des données fiscales et cadastrales d'environ 678 000 particuliers et professionnels. L'attaquant s'était connecté à l'aide d'identifiants usurpés, appartenant à un agent et à un tiers habilité. Ce cas rappelle qu'une organisation peut être vulnérable sans que sa protection repose nécessairement sur une faille technique. Une partie du risque se construit en amont, à travers les informations accessibles sur l'organisation, ses collaborateurs et son environnement.
Selon le directeur de la DRSD, 80 % des compromissions dans la sphère défense seraient ainsi liées à de simples négligences. L'enjeu n'est donc pas seulement de protéger ce qui est confidentiel, mais aussi d'identifier ce que l'organisation rend visible et ce qu'un tiers peut en déduire.
Ce qu'une entreprise expose sans le savoir
Une information accessible n'est pas nécessairement une information sans valeur. Un organigramme, une offre d'emploi, l'annonce du départ d'un collaborateur, un nouveau fournisseur, un partenariat ou la prise de parole d'un dirigeant peuvent sembler anodins pris isolément. Leur croisement peut pourtant permettre de reconstituer une partie de l'organisation, de ses priorités ou de ses dépendances.
Cette exposition peut également faciliter une compromission. Selon Sophos (2026), 79 % des attaques par rançongiciel débuteraient par le vol ou le détournement d'une identité plutôt que par l'exploitation d'une faille technique. Sans réduire la question à la cybersécurité, ce constat illustre l'importance de la dimension humaine : une identité, une fonction ou une information accessible publiquement peut constituer un point d'entrée vers des informations qui ne le sont pas.
Un départ annoncé sur LinkedIn
En annonçant son départ et sa recherche d'opportunités sur LinkedIn, un ingénieur de l'aéronautique a attiré l'attention d'un cabinet étranger de renseignement d'affaires. Selon la DRSD, cette tentative de recrutement a été déjouée. Un signal public peut suffire à identifier une compétence stratégique et à amorcer une démarche de captation de savoir-faire.
Des photos prises sur un salon
À Eurosatory 2026, la DRSD a rappelé les méthodes employées pour collecter des informations sensibles : faux journalistes, repérage des sous-traitants, sollicitations ciblées et tentatives de débauchage. Lors de l'édition précédente, un individu se faisant passer pour un traducteur avait tenté de photographier les composants intérieurs d'un véhicule militaire exposé.
Adopter une posture offensive
Cette exposition informationnelle peut également constituer un levier d'action dans une démarche d'intelligence économique. En amont d'un appel d'offres, d'une opération de M&A ou d'une conquête de marché, le recoupement de sources ouvertes avec des interviews de sources humaines permet de préciser le positionnement des acteurs en présence, d'identifier les décideurs qui pèsent réellement dans la décision, de cartographier les réseaux d'influence et de mieux comprendre les rapports de force. L'enjeu est double : maîtriser les informations que l'on expose, mais aussi tirer parti de celles accessibles sur son environnement pour anticiper les évolutions, éclairer ses décisions et renforcer son avantage concurrentiel.
L'IA fantôme (ou shadow AI) : l'utilisation, par des salariés ou des services, d'outils d'IA générative, de LLM ou d'agents autonomes, sans l'approbation ni la connaissance de la direction informatique ou des équipes de sécurité.
Quand une entreprise délègue une décision stratégique à un outil d'IA non validé, qui décide réellement à sa place ?
Chiffres clés
des salariés admettent utiliser des outils d'IA non autorisés dans leur travail (WatchGuard, 684 salariés de PME et d'ETI, 8 pays dont la France, avril 2026).
des RSSI français jugent que le recours à des services d'IA non approuvés constitue un risque élevé ou très élevé, et ce comportement est cette année celui jugé le plus risqué (baromètre CESIN 2026).
Ce que ça présente comme risques
1Décision non vérifiéeUne entreprise ou un salarié peut fonder un choix stratégique sur un rapport généré par IA, sans en connaître les biais ni les limites.
2Dépendance sur une fonction critiqueUne activité stratégique (évaluation de partenaires, recrutement, analyse financière) est confiée à un outil que personne dans l'entreprise ne maîtrise vraiment, et dont le fonctionnement reste une boîte noire.
3Perte progressive de savoir-faireÀ force de déléguer une tâche à l'IA, l'entreprise risque de perdre la capacité de la faire elle-même.
4Fuite de données sensiblesLes versions grand public de ces outils réutilisent souvent les données saisies pour entraîner leurs modèles.
5Perte de maîtrise juridiqueCertaines conditions d'utilisation imposent un stockage des données à l'étranger, sous une loi à portée extraterritoriale.
6Surface d'attaque élargieLes connexions à des API ou à des plugins externes, souvent moins sécurisées, augmentent les risques de fuite ou de compromission.
Ce que la DGSI a documenté
Le flash ingérence de la DGSI de décembre 2025 documente deux cas dans des entreprises françaises stratégiques :
Traduction de documents confidentiels
Des salariés utilisaient régulièrement, sans l'aval de leur hiérarchie, un outil d'IA générative grand public pour traduire des documents confidentiels. L'entreprise a rapidement demandé de privilégier une solution payante qu'elle avait acquise, et lancé un groupe de travail sur une doctrine d'usage.
Due diligence déléguée à une IA étrangère
Une société a confié l'évaluation de ses partenaires commerciaux à un outil d'IA créé par une entreprise étrangère. Par manque de temps, elle a suivi systématiquement ses conclusions sans aucune vérification complémentaire.
Trois cas de chercheurs débauchés ou en cumul d'activités non déclaré, avec des transferts de savoir-faire vers l'étranger, parfois détournés à des fins militaires.
Six modes opératoires de l'ingérence économique étrangère (atteintes capitalistiques, humaines, cybernétiques, physiques, juridiques et à la réputation), illustrés par des cas détectés par la DGSI.
Guide de gestion de la sûreté, définie comme la prévention et la lutte contre la malveillance, destiné aux PME et ETI de la base industrielle et technologique de défense.
→Contre une PME de la défense, une attaque commence souvent par un repérage en ligne et se poursuit par une intrusion physique.
110 banques ont bâti le scénario géopolitique qui entamerait leur capital ; la BCE les invite à mieux intégrer les risques non financiers, dont les cyberattaques.
→Pour la BCE, les cyberattaques et les menaces hybrides sont des risques de sécurité, au même titre que les conflits.
Livre blanc de PMI-France, rédigé avec le Clusif, premier d'une série sur l'intégration de la cybersécurité dans les projets : il traite de l'écosystème et de la gouvernance de la sécurité de l'information.
→La sécurité et la protection des données se pensent en amont du projet, avec une gouvernance claire des risques numériques.
Sources
La veille complète, mise en page PDF · 6 pages · 1,6 Mo